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(re)vivre après une fausse couche

J’ai fait une fausse couche, voilà c’est dit.

Ce n’est pas quelque chose de rare. Autour de moi, elles sont nombreuses celles qui ont vécu la même expérience. Dans les études, on parle qu’une femme sur deux en fera une au cours de sa vie. Enfin, ça c’est pour les fausses couches dont on connait l’existence. Parfois elles sont si précoces qu’elles passent inaperçues car elles se confondent avec les règles.

Voilà, ça aussi c’est dit.

Faire une fausse couche ce n’est pas une question de superstition. Je parlerai plutôt de coup de malchance. Il fallait que ça tombe sur quelqu’un. C’est arrivé à nous.
Par pudeur, je garderai les détails de cette aventure particulière. De toute façon peu importe l’histoire, la finalité reste la même : là où il devrait y avoir des battements de cœur il ne reste plus rien.

Je me souviens simplement d’un silence lourd, d’un instant qui se fige, de quelques larmes. A peine commencé que tout était déjà fini. L’engrenage médical s’est emballé avec un enchaînement rapide de rendez-vous. On vous parle de la procédure. On vous explique le déroulement des heures, des jours et des semaines à venir. On vous raconte la mécanique du corps. On vous assure que tout ira bien après.

Vous êtes jeunes… bla bla bla 

 

Le corps médical est resté en surface. J’ai entendu parler de douleur physique. On a passé sous silence la douleur psychologique pourtant plus sournoise et dévastatrice. Quand « il » part et que le corps est vidé,  que faire de cette peine ?

Au début, j’allais bien. Ce n’était qu’une petite épreuve qui passerait sans faire trop de vague. Après tout, « il » n’était pas grand chose, juste un amas de cellule.
Un matin, je me suis brisée. Comme ça, sans avertissement, je me suis simplement effondrée. A ce moment là, j’ai décidé de parler de cette mésaventure même s’il était difficile de poser des mots sur mon ressenti. En brisant le tabou, les langues se sont déliées.

Beaucoup ont utilisé le même mot pour qualifier ce que je vivais : le deuil.
Il est difficile d’expliquer ce mélange d’émotions qui nous traversent. Il est paradoxal de pleurer quelque chose qui n’a pas vécu. Il faut simplement accepter que sa peine ne vient pas forcément de ce qu’il avait été mais de ce qu’il aurait du être. En le perdant, c’est un rêve qui s’envole. Il était la promesse d’un avenir qui n’aura finalement pas lieu.
Mettre des mots sur cette douleur c’est le premier pas vers la guérison.

Il y a aussi la culpabilité. Celle là, elle vous ronge de l’intérieur et vous assomme de questions. On refait la liste de tout ce qu’on a vécu pendant ces quelques jours de grossesse.

« Et si c’était ma faute ? Je n’aurais pas dû faire ça ou manger ça »

Prendre la responsabilité d’une fausse couche c’est un poids bien trop grand pour une seule personne. Il vous fait plier et vous met à genoux. Accepter que cela arrive sans explication est difficile. Pourquoi nous ? Pourquoi vous ? On ne le saura jamais. C’est arrivé c’est tout.
Nous avons joué de malchance maintenant il faut faire avec sans se flageller. Cela prend du temps de se débarrasser de la colère qu’on éprouve contre soi.
Personnellement, je suis restée très longtemps fâchée contre mon corps. Je le prenais pour responsable. Il m’avait lâchée et trahie. C’est que lorsque que je me suis réconciliée avec lui que j’ai pu faire le deuxième pas vers la guérison.

Et votre entourage dans tout cela ?
Vos proches vont surement vous écouter et vous épauler. Cependant vous devez accepter qu’il puisse exister un décalage entre eux et vous. Ne leur en voulez pas. Vous portiez en vous quelque chose qu’ils n’ont pas connue ou ressentie. Ils auront de la peine mais elle sera moins lourde.
Je me suis souvent sentie seule. Mon chéri s’est souvent senti démuni face à ma peine. Les mots entre nous ont fini par se faire rares jusqu’à ce qu’on accepte que chacun devait faire son propre chemin vers la guérison à son rythme. Rapide pour lui, lent pour moi.

Pour le reste, il n y a que le temps qui puisse faire effet. Acceptez la douleur puis un jour relevez-vous. Une fausse couche c’est une plaie béante qui fini par devenir une toute petite cicatrice. Elle restera là toute votre vie. Parfois lorsque certaines dates arriveront, elle sera un peu douloureuse.

Ça aussi c’est dit.

[…]

Un matin, je me suis levée et sans savoir pourquoi, je me suis sentie réparée. Depuis plusieurs semaines déjà, je commençais à aller mieux. J’ai gardé ce sentiment nouveau en moi pendant deux jours de peur qu’il s’envole. Ensuite, j’ai pris mon courage à deux mains et j’en ai parlé à mon amoureux. Tout en lui expliquant que la boule que j’avais dans le ventre depuis des mois avait disparu, j’ai pleuré. C’était bête mais les larmes ont coulé toutes seules. J’ai attendu encore deux jours puis j’ai su que ce sentiment était la promesse d’un nouveau rêve.

Elle était là. Ma toute petite. C’était elle que j’attendais. Toi, et pas un(e) autre.

revivre après une fausse couche - La Nömade

A toutes celles qui portent une cicatrice.
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9 Comments

  • Reply Anne Laure

    Je me reconnais totalement dans cet article !! Tu dis tout… Et cette cicatrice je l’aurai toujours, à jamais, dans mon cœur et sur ma peau …. surtouttu vois ce petit coeur battre mais pas au bon endroit !

    15 avril 2017 at 10 h 40 min
    • Reply La Nömade

      Je sais que cette grossesse était un petit miracle. Je suis si triste qu’elle se soit arrêtée de manière si brutale. Tu sais, je suis de loin ton parcours en PMA et je te souhaite que de pouvoir réaliser ce projet. Je pense bien à toi.

      15 avril 2017 at 10 h 45 min
  • Reply Carole

    Tu sais déjà tout…❤️
    Avec plein de tendresse !

    15 avril 2017 at 11 h 31 min
    • Reply La Nömade

      Tu sais déjà tout aussi…

      16 avril 2017 at 9 h 38 min
  • Reply Laurene1905

    Je me reconnais très bien aussi. Les semaines et les mois passent mais la douleur est toujours là. Ma pouny je suis de tout coeur avec toi. Pour y être passée par 2 fois c’est le monde qui s’écroule et toujours autant de douleur. Gros bisoussss a toutes

    15 avril 2017 at 21 h 50 min
    • Reply La Nömade

      De jolis mots pour Anne-Laure.
      Pleins de pensées pour toi. Je te souhaite que tes deux cicatrices deviennent de moins en moins douloureuses.

      16 avril 2017 at 9 h 40 min
  • Reply Sandra C

    Ton article me ramène 6 ans en arrière … un moment dur très dur. Des larmes des questions personne ne comprend « tu es jeunes … c’est mieux ainsi {il} devait être malade »
    Faire face à cette perte même si nous ne l’avons jamais vu, c’est dur un moment si dur.
    J’ai mis énormément de temps à m’en remettre. On oubli pas toute façon. On vit avec.

    16 avril 2017 at 7 h 32 min
    • Reply La Nömade

      A cette époque, j’ignorai beaucoup de chose mais je me souviens très bien de ta peine.
      Une dure épreuve souvent minimisée par nos proches (même les très proches) et par le corps médical. J’espère qu’avec le temps et malgré cette décharge électrique tu as réussi à abandonner l’idée que tu étais responsable. Tu ne l’étais pas. C’est arrivé, c’est tout. J’aurai aimé que ça ne nous arrive pas mais parfois la vie nous joue des tours. Bisous

      16 avril 2017 at 9 h 43 min
  • Reply La Nömade - syndrome du ventre vide - vie de maman - La Nömade

    […] nous unissait. C’était juste elle et moi. Je l’avais tellement attendue et je sais que ma fausse couche a largement participé à toutes mes angoisses. Mon accouchement a été déclenché un jeudi. […]

    28 juin 2017 at 6 h 13 min
  • Répondre à La Nömade Cancel Reply