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Syndrome du ventre vide – Le deuil de la grossesse

Mai Lan est née depuis 10 mois. Avec elle, je passe des moments merveilleux et je suis heureuse de l’avoir à mes côtés chaque jour. Je crois qu’il n’existe pas de mots assez forts pour exprimer la joie que je ressens de l’avoir près de moi et le bonheur qu’elle m’apporte. Pourtant, malgré tout cet amour à foison, depuis 10 mois je traîne une mélancolie qui ne me quitte pas. Je me sens vide, je me sens mal et ces sentiments ne disparaissent pas même si les mois défilent.J’ai lu qu’on appelait ça le « syndrome du ventre vide ».

Ma grossesse n’a pas vraiment été idyllique. Il y a 1 an jour pour jour, j’annulais ma présence à un mariage que je devais photographier car j’étais physiquement à bout. Mon lit et moi avons cohabité pendant plusieurs semaines. De cette période alitée, je garde un très mauvais souvenir qui peu à peu s’est estompé pour laisser de la place à de la nostalgie. Finalement ce n’était pas si mal. Même si je ne pouvais pas sortir, si j’avais du mal à marcher, j’étais bien… j’étais enceinte.

J’idéalise ma grossesse, j’en ai conscience. En même temps, ce moment de la vie je l’ai attendu si longtemps et en un clin d’oeil il était déjà fini.

« Profites en, ça passe trop vite. Ton ventre va te manquer après »

 

Ce que je ressens est complètement paradoxal. Mon ventre et son poids ne me manquent pas. Il était encombrant. Il m’empêchait de bouger comme je le souhaitais. Il me diminuait. J’étais prisonnière avec un col dilaté et une tension qui déraillait. On me répétait sans cesse de lever le pied.

 Je ne ressens pas non plus le besoin d’avoir un 2ème enfant. Je le dis souvent ; je pourrai me contenter de n’avoir que Mai Lan dans ma vie. Elle me comble de joie et d’amour.

Mais alors comment expliquer ce mal-être, cette peine et cette nostalgie ? J’ai décidé de poser des mots sur ce que je ressentais pour comprendre toutes ces émotions.

Le syndrome du ventre vide ou le deuil de l’enfantement

 

Enceinte, j’étais investie d’une mission. Je portais la vie ce qui me remplissait de joie. Avec la grossesse, je gagnais un nouveau titre, celui de maman. Enfin j’allais porter cette étiquette. J’étais devenue précieuse aux yeux des gens. J’étais chouchoutée, entourée et protégée. Pendant ma grossesse, j’étais devenue quelqu’un.
A aucun moment pendant ces 9 mois, j’ai réellement voulu accoucher. Je le sentais, je n’étais pas prête à partager mon bébé. Cette idée me terrifiait même. Ma fille était là, au creux de moi. Elle me faisait devenir quelqu’un de mieux sans parler de ce lien unique qui nous unissait. C’était juste elle et moi. Je l’avais tellement attendue et je sais que ma fausse couche a largement participé à toutes mes angoisses.
Mon accouchement a été déclenché un jeudi. J’étais suivie deux fois par semaine pour ma tension. Je n’avais pas prévu que ce jour là, je ne rentrerai pas chez moi. On m’a obligé à mettre au monde mon bébé. On ne m’a pas laissé le temps de me mettre en travail. Peut être qu’avec quelques jours supplémentaires, j’aurai fini par accepter l’idée de partager mon enfant.
Ma péridurale s’est estompée alors on a remis une forte dose. Malheureusement pour moi, ensuite tout est allé trop vite. J’ai mis mon bébé au monde sans douleur certes mais sans avoir rien senti surtout.

Elle était là en un clin d’oeil. J’ai été submergée d’amour mais je n’ai pas pleuré. Mon corps savait qu’elle était sortie mais mon esprit n’a pas compris. Comment pouvait-elle être contre moi sans que je ressente quoi que ce soit ? J’avais vraiment poussé ? J’avais vraiment accouché ?

Il y a quelques minutes, j’étais enceinte. Maintenant, je suis quoi  ? Il est difficile de comprendre sa nouvelle place. Cela prend du temps d’accepter et de définir ce nouvel état. Ma mission était finie et on me demandait de l’accepter. Pourtant, ce rôle de future mère je l’avais adoré et je n’avais pas envie de faire une croix dessus comme ça du jour au lendemain.

C’est la fin de l’enfantement. De femme procréatrice, je deviens femme/mère. Mon rôle, si important aux yeux de la société et pour lequel j’ai été conditionnée, est terminé.

Ensuite, j’ai disparu des radars. On ne m’a plus demandé comment j’allais. On ne me parlait que de ma fille. Les projecteurs s’étaient éteints pour se rallumer sur mon bébé. Encore à présent, parfois on me sollicite non pas pour venir me/nous rendre visite mais pour voir Mai Lan. Non seulement, je ne suis plus enceinte mais je suis aussi devenue invisible.

Comme un incubateur j’ai été remisée au placard jusqu’à la prochaine gestation.

 

J’ai lu sur internet plusieurs articles et quelques témoignages. On se limite à nous expliquer que ce sentiment est normal après la naissance mais qu’il va s’estomper avec le temps. On lui colle le nom du syndrome du ventre vide. Je souffre à l’idée de ne plus être enceinte depuis 10 mois. Cela fait-il de moi une détraquée ? Une dépressive ? Une folle affublée d’un syndrome ?
Non, je suis juste une femme qui a changé d’étiquette deux fois en moins de 9 mois. Je suis passée de femme enceinte à mère. J’ai encore un peu de mal à me trouver entre les deux. Je ne pleure pas de cette situation mais j’aurai aimé qu’on me prévienne de ce tourbillon de sentiment qui peut nous assaillir. On nous prépare à l’accouchement mais on ne nous parle pas de l’après. J’ai mis près de 36h à accoucher mais je suis mère depuis presque 365 jours. On m’a fait un pavé sur quelques heures de ma vie alors que tout commençait en réalité après.

J’ai le syndrome du ventre vide et je ne sais pas comment le combler. Je suis heureuse et épanouie dans ma vie mais je ne sais pas comment gérer la tristesse de ne pas être enceinte. J’ai envie d’être cette femme investie de la mission de porter la vie mais je ne veux pas d’enfant. J’envie les femmes enceintes pour leur statut mais pas pour leur ventre rond.

Le véritable problème, c’est qu’on nous laisse là, au croisement de deux chemins. L’un avec le panneau « femme enceinte » et l’autre avec le panneau « mère ». On nous demande de choisir d’être l’une ou l’autre sans prendre en considération qu’on est un peu des deux. J’étais enceinte mais cet état ne me quitte pas. Je suis mère et heureuse de l’être. Je serais toute ma vie un peu des deux.

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1 Comment

  • Reply Sandra Clara

    Cette sensation je l’ai ressenti, le manque du bébé dans soi mais pas le manque d’être enceinte.
    Après clara finito dans ma tête c’était clair elle sera mon unique enfant, tellement d amour débordant impossible d’aimer autre personne si fort. Cette relation étant enceinte puis d’un coup en quelques heures on te « retire » cette part de toi pour la partager à tous, la voir se balader de bras en bras tout en restant impuissante. C’était dur, c’est mon. Bébé laissez la moi. J’ai eu une grossesse je dirai pas parfaite mais au top mais un accouchement long et rapide à la fois, 29h déclenchement … tout s’enchaîne. Entre le moment on vous garde, le Déclenchement, Péri … et les 1er cris il s’en est passé des heures mais est ce que j’étais prête ?
    Ce sentiment de « vEntre vide » s’estompe je pense … je crois. Mais c’est vrai qu’après l’attention est sur notre bébé bien que ce soi la « chose » la plus merveilleuse au monde, nous sommes là aussi ! Youuuuuuu tu me vois la femme enceinte devenue mère en quelques heures.

    4 juillet 2017 at 5 h 06 min
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